(Vive les radis tout neufs !!!)
Manger, s’alimenter, se sustenter, se nourrir… Tels sont les mots que nous utilisons pour qualifier cette activité quotidienne et répétée d’un bout à l’autre de notre vie qui consiste à utiliser - pour le pire ou le meilleur - les substances offertes par le monde animal ou végétal… ou le monde industriel qui s’est malheureusement substitué à cette abondance de la nature autour de nous.
Certes, nous pensons souvent que nous mangeons mal, que nous ne nourrissons pas correctement notre corps, mais là encore, derrière cette noble intention de nous pencher sur l’un des besoins les plus essentiels de notre existence humaine, avons-nous réellement questionné les fondements de cette activité, de nos croyances sur la nourriture, du fonctionnement de notre organisme ? Ou bien avons-nous tendance à laisser nos esprits s’engourdir par les dogmes des médias autour de nous, des experts à la mode, des derniers régimes qui vont enfin nous faire perdre les kilos que nous jugeons en excès dans nos corps ?
Je voudrais aujourd’hui vous sensibiliser à la vraie question du nourrissement, telle que je la comprends, l’expérimente, et telle que l’Ayurveda, dans sa sagesse venue du fonds des temps nous l’enseigne.
Il est difficile, une fois de plus, dans nos vies fragmentées, éparpillées, de distinguer les vrais besoins de notre corps, des injonctions de notre mental ou encore des compulsions de notre corps émotionnel.
En gros, quand nous mangeons, qui écoutons-nous et à qui répondons-nous ?
Notre corps physique est absolument libre de tout principe dit "diététique". En gros, il a autant besoin d’huile d’olive que de beurre ou de gras animal au grand détriment des pourfendeurs du cholestérol… Il change sans arrêt de carburant, il peut nous demander du lait, des fruits, de la viande, de l’acide ou de l’amer sans se soucier des diktats. Il peut avoir faim de petits repas chauds ou désirer se mettre au repos avec une diète liquide. Il peut avoir besoin de ne plus se nourrir de matière durant un temps déterminé. Bref, il n’existe, de son point de vue aucune règle si ce n’est celle de suivre le mouvement intérieur.
Encore faut-il pouvoir l’écouter (donc s’arrêter, faire silence), pouvoir répondre à la hauteur de ses exigences avec des produits nourrissants, nutritifs, c’est-à-dire plus riches en nutriments qu’en résidus d’engrais ou de pesticides et mettre au repos les autres instances bruyantes et tapageuses que sont les mondes mental et émotionnel qui occupent pendant longtemps tout notre espace.
En gros, c’est rarement lui qui choisit…
Notre corps émotionnel a, lui, besoin de douceur, de réconfort, d’apaiser les souffrances du monde qui passent à travers notre psyché. C’est lui qui va nous réclamer du sucré, du gras, du salé, de façon répétitive, chaotique, au fil de nos mouvements émotionnels intérieurs. C’est aussi lui qui va dicter les goûts que nous proclamons comme étant partie intégrante de nos habitudes, de notre personnalité, de notre culture : certains auront une appétence pour des goûts doux, neutres, alors que d’autres trouveront tout fade sans le feu du piment et des épices.
Enfin, notre corps mental va lui s’enthousiasmer pour la macrobiotique, l’austérité du régime de yogi, le régime truc ou machin, l’instinctothérapie ou encore, simplement décider "qu’il NE croit pas à tout ça" et que se nourrir, c’est prendre du plaisir ou juste faire fonctionner la machine… Il va vouloir calculer nos apports quotidiens en calories, en vitamine C ou en calcium (et consommer 3 yaourts par jour parce qu’on dit que c’est bon pour les os), se nourrir de livres et d’articles de journaux pour y découvrir les meilleures sources d’antioxydants parce que le cancer rôde, parce que l’ostéoporose nous menace ou parce que les corps doivent être minces et toniques. Mais, quels que soient tous les risques qu’il nous fait courir, c’est lui aussi qui, à un moment donné, amène à notre conscience la compréhension que l’alimentation est un lieu qui a été quelque peu abandonné et qu’il serait peut-être bon de s’y intéresser. C’est donc lui qui donne l’impulsion du changement, même s’il ne s’y prend pas très bien.
Je pense que vous retrouverez vos petits dans cette image quoiqu’un peu caricaturale, je l’avoue. Nous sommes tout cela à la fois, et il est donc important d’identifier tous les mécanismes, toutes les croyances, tous les subterfuges que nous avons mis en place de façon à progressivement libérer l’appel du corps pour ses besoins fondamentaux. C’est un long chemin, un chemin de conscience qui peut nous permettre de réintégrer notre responsabilité vis-à-vis de ce corps, vis-à-vis de notre équilibre ou de notre santé et au delà, vis-à-vis du plus grand corps qui nous porte et nous offre ses fruits pour que nous puissions nous nourrir, notre planète Terre.
Nous occidentaux, vivant dans un contexte de surabondance, ne nous posons plus la question de l’alimentation en termes de survie. Pour la majorité d’entre nous, nous n’avons pas vécu la guerre, nous n’avons pas vécu la famine, même si parfois nos corps portent dans leurs couches obscures les traces de ces événements dramatiques qui sont enfois dans l’inconscient collectif de l’espèce humaine. Et de cela, nous pouvons nous réjouir. Mais à l’heure de tous les excès, de la malbouffe comme de l’orthorexie , n’est-il pas important de mettre de la conscience dans la façon de nous nourrir ? Cela nécessite certainement une ré-éducation.
En ce 21° siècle, nous venons juste de nous rendre compte combien nous nourrir est une question essentielle, difficile, complexe dont nous devons retrouver le SENS, tout simplement car nous n’avons plus besoin de lutter pour notre survie, mais aussi parce que nous touchons enfin les limites dramatiques de nos comportements aveuglés par la surconsommation et la surabondance.
L’ayurveda, cette vieille science indienne venue du fond des âges, nous montre concrètement de quelle façon nous sommes ce que nous mangeons. Bien sûr, nous ne sommes pas seulement ce que nous mangeons, mais nous savons bien, aujourd’hui, avec le développement des maladies dites "de civilisation", les cancers, les maladies dégénératives, les troubles du système immunitaire, etc…que l’augmentation de ces déséquilibres dans nos organismes est à l’image des déséquilibres que la terre endure, et des carences ou excès qui gouvernent notre mode d’alimentation.
Alors, oui, nous sommes (en partie) ce que nous mangeons car dans la physiologie ayurvédique, la formation des cellules et des tissus du corps se fait de façon séquentielle à partir du résultat de notre digestion. Imaginons, si vous voulez bien, comment notre repas de midi va en 12 heures environ commencer à former le premier tissu du corps, qui correspond au plasma, ce liquide nourricier dans lequel baigne nos cellules, qui les nourrit et qui participe également à notre équilibre mental. Une partie de ce plasma va ensuite aller former le sang dans sa partie hémoglobine, puis une partie du sang va former les tissus musculaires, lesquels participeront à la création des tissus adipeux. Et ainsi de suite pour les tissus osseux, nerveux et reproducteurs. A l’issue de cette longue chaîne de nutrition successive, nous avons permis (si tout fonctionne bien) la formation des tissus les plus subtils et les plus raffinés de notre corps qui pourront à leur tout créer une nouvelle vie humaine. Au cours de ce processus, nous permettons également la construction de notre immunité. Voilà une belle aventure qui mérite bien qu’on lui consacre un peu d’efforts et d’attention, non ? Et pour que le résultat final ressemble à quelque chose, il vaut mieux que nous consommions des aliments vivants et nourrissants plutôt que de barres de Mars ou d’entrecôte-frites… Bon, j’exagère un peu… De ce fait, en règle générale, notre alimentation doit être suffisamment variée pour nourrir de façon optimale chacun de ces tissus qui, de par leurs qualités, ont des besoins particuliers… Ca ne vous rappellerait pas les fameuses envies de la femme enceinte, évoluant au fil de la formation des tissus du fœtus ? Et oui…Donc surtout, mesdames qui attendez un enfant, n’ayez pas peur de clamer haut et fort la nécessité de répondre à ces besoins mystérieux !
Le deuxième élément FONDAMENTAL, si l’on veut que ce processus puisse fonctionner, c’est que la digestion soit optimale. Cela, pour moi, c’est la grande force de l’approche ayurvédique.
Digérer, c’est transformer les aliments bruts en molécules assimilables par notre organisme et comme tout processus de transformation, il implique de la chaleur, du feu. Rudolph Steiner disait qu’il convenait davantage de savoir si nous pouvions assimiler la vitalité de l’aliment de façon optimale plutôt que de se préoccuper de la quantité de nourriture . Les sages indiens des origines de l’Ayurveda qualifiait tout le processus enzymatique de la digestion de "feu digestif", ou Agni
Agni
Feu ou principe cosmique
en sanskrit, qui signifie littéralement "feu". Donc, nous avons en quelque sorte un feu dans notre âtre principal qui est le duodénum, qui est une intelligence et une force de transformation et nous devons coûte que coûte le protéger de toutes les tentatives de déséquilibre. Et ça, ce n’est pas une mince affaire… Pour ne citer que quelques unes des influences qui peuvent affecter ce feu digestif, on notera :
– nos émotions (positives comme négatives puisqu’on a tous fait l’expérience de tomber amoureux et ne plus vouloir se nourrir que « d’amour et d’eau fraîche » ou bien de l’effet dévastateur immédiat d’une mauvaise nouvelle sur notre appétit ou notre digestion) ;
– les paramètres climatiques et saisonniers ;
– les impulsions sensorielles, ou tout ce qui vient « nourrir » ou perturber nos organes des sens ;
– les aliments et boissons inadaptés à l’état de notre capacité digestive, que nous consommons, etc…
Alors, l’objectif de cet article aujourd’hui n’est pas de vous dire quoi faire, quoi manger, comment manger… Ni même comment calmer les émotions qui nous emportent et nous poussent vers le saucisson abandonné sur la table de la cuisine lorsque remplis d’ennui, d’inquiétude ou de tristesse nous quittons l’activité de notre quotidien pour nous retrouver face à nous-même, ou comment contourner la tyrannie du mental qui, à force de dureté, de contrôle, de volonté, va nous éloigner de nos besoins réels pour créer son propre ordre, sa vision du corps « propre », , « pur », « sain », « puissant » : « Pas de gras, pas de sucre, pas de gluten, pas de… pas de… ».
Vous comprenez bien qu’il s’agit d’un gigantesque programme que vous avez certainement déjà initié, plus ou moins consciemment. La vision mécanique que nous avons des subtilités de notre être psycho-physique nous empêche souvent d’aborder les espaces mystérieux et sombres de notre corps, de ses besoins véritables, autrement que comme un mécanicien ausculte le moteur qu’il doit remettre en route. Pas assez d’huile ? Rajouter de l’huile. Encrassage ? Nettoyer l’engin. Plus d’allumage ? Changer les bougies. Généralement, nos considérations en matière de nourriture vont rarement au-delà de cette conception. Je vous rassure, mes connaissances en mécanique ne vont pas plus loin ; par contre, je sais que le corps n’est pas ce que nous croyons qu’il est. En tant qu’être humain et thérapeute, je sais combien il est difficile de l’aborder comme un lieu de connaissance, un lieu en friche dont les plus grands trésors sont à découvrir sous les décombres, un château aux mille pièces que nous avons besoin d‘explorer avec confiance, même si c’est parfois effrayant, pour ramener dans ses oubliettes de la vie et de la lumière.
Et pour cela, nous avons besoin de le questionner, de le sentir, de le toucher, de revenir à lui CONSCIEMMENT.
Puisque nous parlons de nourriture aujourd’hui, je voudrais vous inviter avant tout à RESSENTIR. Encore et toujours ressentir.
Ressentir dans un premier temps ce que vous disent vos organes digestifs. Avant de manger, avant de préparer notre repas, avant d’acheter et choisir ces produits que nous accomoderons, prenons un petit temps d’arrêt, sentons ce qui se passe à l’intérieur de nous, de ce système digestif qui est l’un des lieux majeurs d’échange entre nous, notre intériorité, et le monde physique extérieur.
Ai-je faim, et d’ailleurs qu’est ce que la sensation de faim ? Savons-nous l’identifier ? Ou bien la rejetons-nous comme un interdit absolu ? Pourtant avoir faim dans son ventre (le creux, les gargouillis, les pincements, la sensation légère de vide…), en sachant bien sûr que l’on va pouvoir répondre et apaiser cette sentation un peu plus tard, n’est-ce pas se sentir vivant ? N’est ce pas sentir le Feu, essentiel à la vie, nous habiter et se réveiller dans nos entrailles ?
Peut-être oublions-nous trop souvent que les signaux que nous envoie notre corps sont tout simplement des informations qui, portées à notre conscience, nous permettent de savoir d’abord pour répondre ensuite. Et la faim est donc juste le signe que notre système digestif est prêt pour accueillir à nouveau de la nourriture. Sans cette indication, comment savoir que nous avons besoin de manger ?
Et si je n’ai pas faim, parfois ou jamais, n’est-il pas intéressant que je me demande ce qui m’empêche (dans mon corps physique, mental ou émotionnel) d’être en contact avec cette émergence ?
Est-ce que je néglige parfois cette sensation de faim parce que j’ai mieux à faire, quitte à me retrouver exsangue en fin de journée ? Est-ce qu’au contraire je refuse systématiquement de la ressentir et orchestre mes 5 ou 6 repas par jour de façon à la garder totalement éloignée de mes sensations ? Ou bien suis-je parfois comme dévoré(e) par ce feu, à tel point que j’ai l’impression qu’il me laisse sans répit, avec un besoin constant de trouver les nourritures qui apaiseront cette brûlure intérieure ?
Tout cela est riche d’enseignements. D’abord parce que nous amenons la conscience dans un lieu qui lui échappait encore, ensuite parce que l’Ayurveda sait comprendre et répondre à ces signaux de déséquilibre. Toujours et encore, il n’y a pas de règle générale qui fonctionne pour tous. Le petit-déjeuner de roi que les nutritionnistes nous assènent comme vérité absolue depuis longtemps est pour certains individus (dont la constitution ou les déséquilibres sont dominés par Kapha
Kapha
Humeur biologique de l’eau
, selon l’ayurveda) – spécifiquement durant l’enfance - une aberration qui tue leur capacité digestive, leur vitalité, leur énergie, la clarté de leur esprit et les mène tout droit à l’indigestion chronique, à la léthargie et au mal-être. C’est juste un petit exemple, mais qui dans ma pratique est fort présent, malheureusement.
Pendant que nous mangeons, tout occupés que nous puissions être à la compagnie agréable ou imposée de nos convives, à la lecture ou au visionnage du film qui accompagne nos repas (j’ai moi-même beaucoup de mal à abandonner la lecture le matin lorsque je prends un petit-déjeuner…), pouvons-nous juste ressentir là encore si nous mangeons une quantité adaptée à nos besoins ou si nous l’outrepassons ? C’est à dire, pouvons-nous là encore observer notre relation à la notion de satiété ?
Je dis juste OBSERVER, en posant son attention avec douceur sur ce qu’il se passe là, au milieu de son couscous… Sans jugement, juste commencer à observer en incluant, en intégrant cet endroit qui est resté jusque là dans l’ombre pourqu’un jour, la conscience, seule (pas la volonté, pas la tyrannie, pas l’injonction ordonnante qui raconte « tu manges trop », « tu ne manges pas assez », « tu manges mal », « tu n’es pas capable de t’occuper de toi »…), puisse amener le changement nécessaire.
Car nous savons bien que la volonté, qui est une instance du mental (le même dont nous parlions plus haut), ne parvient à maintenir sa griffe d’acier, au prix d’une énergie considérable, pas plus de… 3 jours, 2 semaines, 3 mois ? Et au premier coup de grisou, la vieille habitude se réinstalle, parfois décuplée et accompagnée de sa tirade de jugements et de pensées dégradantes projetés sur notre écran intérieur… Raté pour cette fois, peut-être ferons-nous mieux dans le futur ? Oui, nous ferons mieux, bien sûr, le jour où enfin nous accepterons de considérer nos « faiblesses » humaines avec douceur et compréhension, et où nous pourrons amener dans ces lieux encore douloureux et abandonnés, la conscience, celle qui accueille et qui dit « oui « .
Donc, observons sans relâche. Avez-vous déjà constaté l’effet du yaourt sorti du frigo et consommé après un bon repas sur votre estomac (et le reste de votre corps) ? Avez-vous senti combien le froid envahit d’abord l’estomac puis le corps entier ? Si l’on sait que la capacité digestive est un processus de transformation par la chaleur, et que pour qu’elle fonctionne et puisse transformer nos aliments en molécules assimilables, ce feu doit être suffisamment fort et stable, peut-être est-il plus facile de comprendre alors que ce yaourt n’est pas le bienvenu à ce moment-là, de cette façon-là ?
Avez-vous parfois perçu la différence entre le moment où vous allez croquer dans votre première bouchée, et la sensation que vous avez à la fin de votre repas, dans la demi heure qui suit, lorsque la lourdeur commence à envahir le corps, avec son cortège de ralentissement et de somnolence ? Or, nourrir le corps, c’est absorber les forces de l’aliment dans nos propres forces, pas l’endormir ou le terrasser… Et lorsque l’on décide de faire une sieste sur ce repas, plutôt que d’aller marcher quelques pas pour stimuler et soutenir le travail digestif, sentons-nous combien nous lui mettons des bâtons dans les roues, à ce corps ?
Mais, le plus souvent, on ne sent pas. On n’écoute pas ce corps. Parce que personne ne nous l’a appris… On écoute ce qui est à l’extérieur de nous, on écoute ce qui tourne dans notre tête, mais le corps et ses précieux signaux est laissé à l’abandon. Poutant, nous pensions manger tout ce qu’il fallait, comme il fallait, au moment où il fallait. Voilà pourquoi il est souvent nécessaire de quitter ce « savoir » extérieur, qui nous noie sous les informations et les injonctions, pour revenir juste à notre réalité, à chaque instant. Et FAIRE L’EXPERIENCE.
Car tant que nous n’avons pas fait l’expérience du yaourt, du petit-déjeuner qui nous coupe les pattes ou de la somnolence, en vrai, en posant toute sa conscience sur ce moment, en la laissant pénétrer cet estomac éteint, ce corps engourdi, comme un visiteur respectueux qui n’est pas là pour établir si c’est bien ou mal, mais juste pour PRENDRE ACTE, comment transformer durablement notre attitude vis à vis de l’acte de nous nourrir ?
Je dis souvent aux personnes qui viennent me consulter pour revoir leur façon de se nourrir que même l’Ayurveda, à travers les principes ou conseils totalement individualisés que je vais leur transmettre, reste un cadre. Bien sûr, la puissance de l’Ayurveda est de pouvoir déterminer, à partir de la constitution (donc du terrain individuel) ou des déséquilibres de chacun, les aliments qui permettront de restaurer sa force vitale, et de nourrir correctement ses cellules, sans créer de déséquilibres. Bien sûr, il est souvent nécessaire de commencer par ce travail d’élagage, d’éclaircissement, en respectant des principes de base, d’autant plus si notre alimentation est par trop industrielle et dévitalisée. Mais ces principes de base ne sont qu’un cadre, et un cadre finit, par nature, à être enfermant. Car l’Ayurveda n’est véritablement, au fond, rien d’autre que l’apprentissage du mouvement de la vie et de la conscience à l’intérieur et au-delà de nous. Et au-delà de ce cadre, chacun peut apprendre progressivement à trouver à chaque instant la réponse à sa réalité du moment. Car avons-nous envie de laisser le passé nous habiter en permanence, cet amas d’habitudes et d’attachements jamais dénoncés, revisités ou questionnés ou bien souhaitons-nous expérimenter le renouveau de la Vie en perpétuel mouvement ?
Si nous prenons l’habitude de ressentir et d’écouter ce qui monte à l’intérieur, nous pourrons progressivement sentir les besoins véritables du corps se manifester et apprendrons à lire ou traduire ces impulsions pour répondre à l’appel. Si l’envie de quelque chose de doux et de juteux se précise, nous pouvons préparer un riz, des courgettes au fenouil… Le sec et le croquant, nous portera vers des légumes crus, des galettes sèches de céréales. Le chaud et le piquant pourra prendre la forme d’une bonne soupe épicée ou d’un curry de légumes de saison. Quand au besoin de froid, de sucré, il sera bien apaisé avec un repas de fruits.
Mais bien souvent, c’est l’envie d’aliments spécifiques, ou de modes de préparation spécifiques qui se manifestent…
Car le corps est intelligent et dispose d’un fabuleux arsenal pour nous informer et nous guider, qui est le système nerveux, notamment en lien avec les organes des sens.
Toutefois, pour être certains que les envies qui se manifestent sont bien les besoins essentiels de notre structure psycho-physique, nous devons d’abord nous assurer que cette intelligence n’est pas obscurcie par la présence de toxines. Comment être sûrs ? Ca, c’est plutôt facile… si là encore, nous portons notre attention sur les signaux du corps.
La présence de toxines se manifeste par la présence des signes suivants : une fatigue avec sensation de lourdeur, de léthargie, de l’indigestion (donc différents troubles digestifs variables selon les cas) et un faible appétit voire pas de sensation de faim du tout, une stagnation de l’énergie à tous les niveaux, parfois une perte de goût ou des goûts pervertis, de la confusion mentale, une sensation d’être « encrassé », des selles pâteuses ou mal formées et qui coulent au fond de la cuvette des toilettes, des douleurs qui bougent dans le corps (du fait de blocages), et enfin, un revêtement épais et permanent sur la langue.
Dans ce cas-là, c’est clair : le corps a perdu sa clarté et son intelligence, et on évite de se raconter que lorsqu’il nous demande de vider la bouteille de sauce aux piments dans son plat ou de terminer la plaquette de chocolat au lait, il manifeste ses besoins véritables… On fait une diète, on consulte un praticien, on met en place une cure pour se débarrasser de ce qui nous encombre, mais l’objectif est bien évidemment d’éliminer prioritairement ces toxines.
Le deuxième critère qui nous permet de savoir que le corps manifeste bien ses besoins véritables, c’est bien sûr que lesdits besoins changent en permanence. On peut parfois avoir envie de manger des carottes et des betteraves pendant plusieurs jours (généralement, un besoin de nourrir le sang), mais l’on s’aperçoit à un moment donné, que ce besoin disparaît pour laisser la place à autre chose. Le corps n’a pas envie de manger des tartines de confiture ou du porridge d’avoine tous les matins de sa vie. Car comme nous l’avons vu plus tôt, tout change autour de lui et en lui, en permanence. Et pour trouver, maintenir ou retrouver à chaque instant son équilibre, son homéostasie, il va générer des envies/besoins sans cesse différents.
Si nous acceptons de laisser cette intelligence nous éduquer pas à pas, nous pourrons progressivement nous défaire définitivement de toute « règle », de tout « cadre », pour ne plus suivre, avec enthousiasme et asbolue confiance, que les mouvements qui se précisent à l’intérieur de nous. Mais bon, c’est pas pour tout de suite... Apprenons d’abord à faire nos gammes ! Et observons, ressentons, sans relâche…
Je vous souhaite un fabuleux voyage à la découverte de cette entité mystérieuse qu’est notre corps ! Et surtout, profitez de ces beaux radis tous fraîchement sortis de terre…
© Laurence Caussade-Maupied – Thérapeute, praticienne en Ayurveda - Avril 2012
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