Il y a des moments où l’on aimerait simplement s’asseoir, fermer les yeux, et souffler un peu.
Quand on regarde notre été en face, difficile de faire comme si de rien n’était. L’actualité nous serre la gorge : des paysages que l’on aimait réduits en cendres, cette terre assoiffée par les canicules, et ces drames qui nous bouleversent. On pense évidemment aux pompiers qui tombent en luttant contre les flammes, à toute la faune sauvage, à tous ces animaux pris au piège... Le monde brûle, et cette lourdeur-là, elle pèse directement sur nos épaules, et au creux de nos ventres.
En séance, je le vois tellement. Les gens sont fatigués, d’une fatigue profonde et grave. Ils sont aussi traversés par une colère sourde et surtout, ils se sentent tellement impuissants face à la violence de l’époque.
En Ayurveda, l’été est la saison du feu. C’est l’élément Pitta
Pitta
Humeur biologique du feu
. Mais quand ce feu devient fou, quand il ravage tout à l’extérieur, il finit aussi par nous consumer de l’intérieur.
Il nourrit nos colères, notre épuisement, ce sentiment d’impuissance...
Alors, face à cette fournaise, qu’est-ce qu’il nous reste ?
Certainement pas à faire comme avant. Pas à faire semblant d’aller bien. Mais peut-être à choisir une voie plus fragile, plus intime : celle de la douceur.
Ce n’est pas de la naïveté, ce n’est pas fermer les yeux. C’est un acte de résistance profondément humain. C’est se dire que, puisque le monde est dur, nous avons le devoir d’être doux.
Cette douceur, elle commence par des riens qui font tout.
C’est passer du temps tout simplement avec les gens qu’on aime, partager un silence ou un rire. C’est apprécier de se poser, l’espace de deux heures, devant un film au cinéma pour s’évader un peu. C’est poser un regard tendre sur ce qui subsiste, observer au ras du sol une petite fleur qui résiste, ou laisser le vent d’un soir d’août nous caresser la peau.
C’est aussi avoir des gestes de solidarité avec le vivant : poser une coupelle d’eau fraîche sur le rebord de la fenêtre pour les oiseaux, les abeilles, les insectes.
C’est aussi accepter de prendre soin de soi, non pas par luxe, mais par nécessité. Alléger nos journées. Marcher au ralenti. S’offrir la fraîcheur de l’eau sur les pieds, là, au bord d’un ruisseau ou dans une bassine sur le balcon. Même si cela fait moins rêver c’est efficace. Boire une infusion de menthe fraîche, manger des aliments gorgés de fraicheur et d’eau pour calmer Agni
Agni
Feu ou principe cosmique
.
Et puis, c’est tout simplement fermer les yeux. Juste être avec soi-même. Prendre conscience de son corps qui est là, qui respire, qui est vivant, tout près de nous, malgré tout.
Quand le jour baisse, quand la fournaise s’apaise enfin, c’est aller marcher au crépuscule. Laisser la nuit nous rafraîchir.
Et avant de dormir, déposer une touche d’huile fraîche sur la plante des pieds, pour s’enraciner, pour redescendre de toutes nos peurs.
En ce mois d’août, soyons plus que jamais dans la douceur de vivre. Doux avec cette terre abîmée, doux avec les vivants qui souffrent, et doux avec nous-mêmes.
Cultivons simplement la fraîcheur.
C’est notre plus belle façon de résister.
> Delphine Lieben,
Conseillère consultante en ayurveda,
Co-Présidente d’Ayurveda en France

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